C’est sur ce thème que se sont déroulées les 5èmes Universités d’été de CAP 21 auxquelles ont participé de nombreuses personnalités du monde associatif, universitaire, scientifique et judiciaire. Les débats de la matinée ont fait intervenir les nouveaux acteurs de la société civile et ont été consacrés aux contre-pouvoirs, notamment la justice et les médias.Les tables rondes de l’après-midi ont ensuite mis en parallèle la dynamique des acteurs de terrain et l’inertie des politiques face aux enjeux du 21ème siècle. Dans son discours de clôture, Corinne Lepage a appelé à l’intelligence collective et au dépassement des clivages politiques traditionnels, pour qu’enfin les aspirations de la société civile se traduisent en actes.
La société civile fait-elle de la politique sous un autre nom ?
Participe-t-elle aux solutions ?
La 1ère table ronde, animée par Georges Fandos (Cap21-Languedoc) a fait intervenir des représentants du monde agricole, social, scientifique et associatif, qui tous représentent les aspirations de la société civile et sont devenus des acteurs politiques a part entière.
Ont participé à ce débat Martin HIRSCH (Président Emmaüs), Pierre CASSEN (Porte-parole de l’Union des Familles Laïques de France), Serge ORRU (Directeur Général de WWF France), Chantal JACQUET (Membre du C.A du CRIIGEN), François DUFOUR (ancien porte-parole de la Confédération Paysanne, vice-président d’ATTAC), Marie-Jeanne HUSSET (Directrice de 60 Millions de consommateurs), Eric FOUQUIER (sociologue de la consommation) et Christine GILLOIRE (France Nature Environnement).
François Dufour a présenté les enjeux du monde paysan d’aujourd’hui et « l’alternative à la pensée agricole unique ». Sortir des corporatismes et construire un projet de souveraineté alimentaire sur tous les continents : c’est l’objectif qu’il poursuit avec la Confédération paysanne et Via Campesina, qui rassemble aujourd’hui 200 organisations à travers le monde. Le combat politique de cette agriculture alternative se fait aussi contre l’OMC et ses représentants « hors sol », déconnectés de la réalité et de la diversité des cultures à préserver. Ces acteurs sont aussi des lanceurs d’alerte, qui informent l’opinion publique sur la marchandisation de l’alimentation, les risques liés à l’agriculture intensive, aux OGM et aux pesticides.
Marie-Jeanne Husset, pour 60 millions de consommateurs, est ensuite intervenue sur ce nouvel acteur qu’est le consommateur citoyen. « Il n’y a pas d’un côté le consommateur, de l’autre le citoyen, même si le marché veut séparer les deux » souligne-t-elle. De fait, les citoyens prennent de plus en plus conscience de leur pouvoir à travers l’acte d’achat et la consommation devient elle aussi un enjeu politique. « En faisant le lien entre son choix de consommation et ses impacts sociaux ou environnementaux, le consommateur détient un moyen de pression considérable, à condition toutefois qu’il soit correctement informé sur les conditions de fabrication des produits », ajoute Marie-Jeanne Husset.
Poursuivant le thème du « consomm’acteur », Eric Fouquier observe une évolution inédite, celle de « l’alterconsommation », qui représente en 2006 30% de la population, contre 15% en 2003. Quelques années ont suffi pour voir émerger un mouvement d’individus à la fois très inquiets pour l’environnement et l’état de la planète, et conscients qu’ils sont le « nerf de la guerre ». Ils adaptent leurs choix de consommation à leurs convictions et décident si oui ou non, ils veulent faire marcher la machine économique. Une situation que prennent de plus en plus au sérieux les entreprises et les marques, d’autant qu’une large majorité de citoyens se disent prêt au boycott.
Autre pouvoir émergent de la société civile : les associations qui, comme Emmaüs, remplissent des missions délaissées par l’Etat. Martin Hirsh, son président, est intervenu sur les nouveaux pouvoirs du monde associatif et la nécessité d’avoir aujourd’hui des agitateurs, des lanceurs d’alerte, mais aussi des évaluateurs, capables d’anticiper les risques sociaux et environnementaux avant qu’ils ne soient avérés. « Mais, pour cela, il faut que la recherche publique soit totalement indépendante du privé », a-t-il rappelé, en ajoutant qu’il n’existe pas aujourd’hui, de recherche consacrée à la pauvreté ou à l’obésité.
La société a également besoins de médiateurs indépendants pour régler les conflits de manière équitable et juste (les sans-papiers en sont un exemple) ; et d’expérimentateurs, qui puissent tester de nouvelles solutions et sortir des systèmes préconçus perpétués par la classe politique.
Christine Gilloire s’est ensuite exprimée sur la défense de l’environnement en tant qu’acte politique. « Privilégier la bonne gouvernance et se préoccuper de l’intérêt général, c’est faire de la politique », affirme la représentante de FNE. Mais c’est surtout faire de la politique autrement, pour défendre une préoccupation transversale, celle de l’écologie. « On nous reproche notre absence de légitimité en tant qu’ONG car nous ne sommes pas élus, observe Christine Gilloire. Mais les dirigeants ne sont pas plus représentatifs, compte-tenu du faible nombre de voix avec lesquelles ils sont élus… »
Autre constat, ce sont les ONG qui effectuent désormais le travail d’information et de pédagogie auprès du public, une mission délaissée par les élus.
Serge Orru, nouveau délégué général du WWF, a fait le même constat. « L’imperfection de notre vie politique et la faillite des élus nous oblige à prendre en charge ces sujets », renchérit-il, avec, exemple à l’appui, l’interdiction des sacs plastiques. La campagne « Du jetable au durable » a en effet permis de passer de 17 milliards de sacs distribués en 2003 à 7 milliards en 2006 grâce aux associations écologistes. D’autres combats restent encore à mener, mais « on attend trop des ONG » selon Serge Orru, qui appelle les citoyens à prendre eux-mêmes des initiatives.
Passée du monde de l’entreprise (Carrefour) à celui des associations, Chantal Jacquet a de son côté insisté sur l’intérêt que portent les citoyens à la politique, contrairement aux idées reçues, et sur le fait que le politique doit rendre des comptes à la société civile. « La coupure s’est faite avec les dirigeants, et non avec la chose publique », explique-t-elle, ajoutant que la société civile, pour exercer son pouvoir, doit savoir se rassembler et non opposer l’économique au social et à l’environnement. « On jette trop souvent l’opprobre sur les entreprises, mais elles font partie de la réalité. Certaines agissent aussi pour l’environnement ».
Autre thème cher à la société civile, la laïcité a été vivement défendue par Pierre Cassen (UFAL), notamment à travers le modèle républicain français, projet laïque le plus abouti à travers le monde. Il a appelé à la vigilance sur ce sujet car, dit-il, « il existe un décalage entre l’attachement à la laïcité de la part des citoyens et l’absence de référence au sujet dans les programmes des candidats à la présidentielle. Pire, Sarkozy se déclare prêt à revoir la loi de séparation entre l’Eglise et l’Etat ». Et la gauche elle-même ne remplit pas son rôle. La question laïque semble aujourd’hui abandonnée par ses défenseurs traditionnels, extrême gauche comprise.
Dans la suite logique des « nouveaux acteurs », le débat animé par Bruno Landriot (Cap21-Rhônes-Alpes) a porté sur les conditions d’exercice, réel ou non, des contre-pouvoirs.
Avec : Éric HALPHEN (écrivain, ancien juge d’instruction), Gilles-Éric SÉRALINI (Professeur de biologie moléculaire à Caen), Paul MOREIRA (écrivain, ancien rédacteur en chef de “90 Minutes” à Canal Plus), Marie-Odile BERTELLA GEOFFROY (juge d’instruction à Paris), et Yves LENOIR (chercheur à l’ENSMP).
Gilles–Eric Séralini a entamé le débat en évoquant l’absence de contre-expertise scientifique sur des sujets aussi décisifs que les OGM ou les pesticides.
1er constat : en captant tous les budgets de recherche, la biologie moléculaire a entraîné une perte de savoirs dans d’autres disciplines de la biologie, alors que nous connaissons aujourd’hui la 6ème période d’extinction des espèces et que 60% des écosystèmes sont altérés. « Les contre-pouvoirs ne sont pas écoutés car c’est le mythe de la technologie toute puissante qui domine la recherche », explique-t-il.
2ème constat : les calculs sur la croissance sont faussés, car ils sont basés sur une exploitation à l’infini et inépuisable de nos ressources. Or, nous vivons au contraire dans un monde fini et nous touchons même les limites de l’irréversible dans ce domaine.
3ème constat : la manipulation de l’information scientifique continue à être entretenue par les dirigeants politiques et les multinationales, qui prétextent « le secret industriel » pour ne pas dévoiler les études menées sur les OGM, par exemple. La contre-expertise n’existe pas, parce que le monde scientifique ne s’oppose pas aux intérêts économiques des producteurs d’OGM et de pesticides, notamment, malgré leurs impacts avérés sur la santé humaine. « La transparence de l’information et le développement d’une recherche indépendante seront les conditions sine qua non du changement », a-t-il conclu..
La question de la transparence a été reprise par Paul Moreira, qui en tant que journaliste d’investigation, a été confronté à l’opacité totale de l’administration s’agissant de documents dits « confidentiels ». Il a insisté sur le caractère totalement arbitraire des décisions et le pouvoir discrétionnaire laissé à l’administration, qui choisit si les documents doivent rester secrets ou non. La France est un des seuls pays occidentaux à ne pas s’ouvrir à la transparence administrative, a-t-il souligné.
Yves Lenoir est quant à lui revenu sur la nécessité de rendre possible la contre-expertise, car elle est au cœur des décisions qui sont prises par le pouvoir. Il a insisté sur les dangers de l’Etat centralisé et centralisateur que certains appellent de leur vœux : il y a danger à confondre l’Etat et les services publics, a-t-il souligné, rappelant la toute puissance des autorités sur des questions aussi décisives que l’énergie. Un domaine dans lequel l’opacité règne, notamment concernant le nucléaire. « L’expert est tenu au secret, et le politique impose son choix à la population », résume-t-il.
En qualité de juge spécialisé en matière de santé publique, Marie-Odile Bertella Geoffroy a rappelé que si les juges ont de réels pouvoirs d’instruction, les décisions prises par les politiques sont intervenues trop tard dans des affaires comme le sang contaminé ou la vache folle. Autant de scandales qui auraient pu être évités, mais qui ont au moins permis une prise de conscience et la possibilité de recours pour la société civile.
Reste le manque de moyens, et l’indifférence des dirigeants aux questions de santé publique : la France est ainsi un des derniers pays à avoir légiféré sur l’amiante.
Poursuivant sur ce thème, l’ancien juge Eric Halphen a estimé que non seulement la justice ne rétablit pas les inégalités, mais qu’elle les perpétue, voire les accroît. « On ne peut pas se faire le chantre de l’impunité zéro et amnistier ses amis », a-t-il résumé en rappelant que la justice ne peut faire son travail avec une police rattachée au ministère de l’intérieur.
Sur la corruption, l’impuissance de la justice est flagrante : la finance est mondialisée, les transferts financiers se font en quelques secondes d’un paradis fiscal à l’autre sous couvert de secret bancaire, tandis que les juges ne peuvent enquêter au-delà des frontières…
Une des pistes qu’il propose : le mandat unique pour réduire les risques de corruption, et l’interdiction de se représenter si un élu est condamné au pénal.
Enfin, Corinne Lepage est intervenue en conclusion sur l’absence d’indépendance des médias, détenus par des groupes industriels qui vivent de la commande publique. Les hommes politiques n’osent pas dénoncer ce système car ils ont besoin des médias et ont peur de leur pouvoir. Une vérité qui a du mal à se faire entendre, surtout en période pré-électorale…
Corinne Lepage propose une loi qui limiterait la participation des entreprises qui vivent de la commande publique dans les médias et la création d’un « vrai » CSA, dont les membres seraient élus par le parlement et donc plus représentatifs de la société civile et plus légitimes du point de vue démocratique.
l’éco-économie comme levier du développement de la démocratie
3ème Table ronde animée par Gérard Drexler (Cap21-Bourgogne), avec Dominique DRON (ancienne Présidente de la Mission interministérielle de l’Effet de serre 2002-2004), Didier LIVIO (Président de Synergence, ancien président du CJD), Alex RECEVEAU (Membre du Conseil National du Développement Durable, ancien président de Orée), Herve JUVIN (Président d’Eurogroup), et Dany DIETMANN (Professeur de Sciences de la Vie de la Terre, Maire de Manspach)
L’éco-économie est-elle un moyen de ne pas laisser le pouvoir économique à une poignée d’acteurs ? La responsabilité sociale des entreprises s’exerce-t-elle ? Quel est le rôle des territoires dans la démocratie participative?
Dominique Dron a choisi l’enjeu climatique pour répondre à ces questions.
Le territoire est un outil de réponse à cet enjeu central pour l’avenir, à travers ses capacités à s’adapter à la nouvelle donne énergétique. « Il va falloir être capable de répondre, sur les territoires, aux enjeux des transports, du bâtiment ou encore des énergies renouvelables, tout en faisant accepter ce changement à la population, » a-t-elle prévenu. « Les progrès sont possibles, mais il faut créer localement un désir de faire les choses ensemble, et faire accepter que les activités économiques doivent retenir d’autres critères que le rendement ».
Parce qu’il permet une application concrète du changement, le territoire est un lieu d’évolution, une échelle où l’on peut évaluer les réorganisations que la société sera amenée, inévitablement, à faire.
Même constat pour Alex Receveau, pour qui l’entreprise n’est pas une entité abstraite détenue par des actionnaires, mais bien un lieu d’échange ancré sur un territoire. La relation qu’elle entretient avec l’extérieur et les autres acteurs territoriaux est une condition indispensable pour assumer ses responsabilités sociales et environnementales.
Dany Dietmann a étayé cet argument en faisant part de ses expériences positives en matière de dialogue et de consultations locales. « Créer des commissions du développement durable à l’échelon local serait un moyen utile de réunir les citoyens qui ont des enjeux et des contraintes différentes, voire opposés », a-t-il expliqué.
Selon lui, la démocratie participative existe bel et bien au niveau local, parce qu’elle est moins confrontée aux conflits d’intérêts qui se jouent à l’échelon national.
Hervé Juvin a ensuite rappelé le danger incarné par les entreprises qui exploitent les ressources humaines et financières d’un territoire et n’hésitent pas à partir dès lors que ça ne les intéresse plus. Le marché impose le « tout flexible et le tout mobile » et l’entreprise fuit ses responsabilités sociales et environnementales au lieu de rendre des comptes. Hervé Juvin propose une piste pour l’obliger à être responsable : faire apparaître dans sa comptabilité les impacts de ses activités, sur le principe du pollueur payeur. Un moyen efficace de pénaliser l’entreprise irresponsable, notamment vis à vis de ses actionnaires.
Soutenant également cette idée, Didier Livio estime qu’il faut « arrêter de penser que les entreprises et les mouvements patronaux vont changer d’eux-mêmes. Il faut faire bouger l’entreprise contre son gré, car elle se développe sans contrat avec la société, elle agit en parasite », explique-t-il. L’application effective des lois existantes et la conditionnalité des aides financières données aux entreprises permettraient d’éviter ce comportement « parasite », sans avoir nécessairement recours à des réglementations supplémentaires et, finalement, inefficaces.
Désaffection à l’égard du politique et du syndicalisme, crise de la représentation, fracture entre dirigeants et citoyens : comment expliquer la crise du politique ?
Pour répondre à cette dernière table ronde animée par Eric Delhaye (porte-parole de Cap21, délégué Picardie) : André BERCOFF (écrivain, éditeur, journaliste, Président des Copropriétaires de la République), Roland CAYROL (Directeur de l’institut CSA), Michèle RIVASI (ancien député, Présidente du CRII-REM), Marc d’HÉRÉ (Président de Initiative Européenne et sociale), Emmanuel DUPUY (Président de l’Union des Républicains Radicaux) et Yann WERHLING (secrétaire national des Verts).
Roland Cayrol a avancé plusieurs explications : le non renouvellement de la classe politique, les mêmes promesses non tenues depuis 20 ans, le cumul des mandats, entre autres, ont provoqué un dégoût chez les citoyens et un phénomène croissant d’abstention.
Parallèlement, le monde associatif n’a jamais été aussi vivace, prouvant que les citoyens s’intéressent fortement à la chose publique et sont en attente de changement.
Plusieurs pistes existent : le non cumul des mandats et leur limitation dans la durée (2 mandats et non 3), la concrétisation de la parité et la disparition du système des appareils, capteurs des financements politiques mais aussi de l’accès aux médias. « Notre tort est de nous satisfaire des seuls changements qui se produisent au niveau local, où effectivement la démocratie existe, prévient Roland Cayrol. Il faut être attentifs à ne pas abandonner le combat pour un changement des pratiques au plan national, sous prétexte que nous n’avons pas prise sur lui ».
Pour André Bercoff, la lutte à mener est celle de la reconquête de la République, confisquée par les élites et la « noblesse d’Etat », mais dont nous sommes pourtant tous « copropriétaires ». Le scrutin majoritaire empêche la représentation de toutes les catégories de la population, et la majorité d’entre elle, composée d’ouvriers et d’employés, est inexistante politiquement. « Nous sommes toujours en Monarchie, avec une poignée de privilégiés protégés qui se partagent des ressources devenues de plus en rares », explique André Bercoff. Pour autant, les politiques ont besoin des citoyens et croire qu’il suffit de les faire voter tous les 5 ans ne tient plus aujourd’hui.
Un constat partagé par Emmanuel Dupuy, qui a souligné la dépossession démocratique des citoyens au profit de la classe dirigeante et des lobbies, alors que nombre de clubs politiques et de réflexion se créent pour apporter des idées et alimenter le débat.
S’appuyant sur son expérience de députée, Michèle Rivasi a largement confirmé cette confiscation du pouvoir au sein de l’Assemblée nationale en particulier, où les parlementaires entretiennent un système de pré carré et de chasse gardée sur des sujets aussi importants que les déchets nucléaires. Une confiscation dont est complice le milieu des experts scientifiques officiels, qui se font trop souvent les porte-parole des lobbies sur les OGM, le nucléaire ou encore la téléphonie. Leur pouvoir est immense, étant donné d’une part l’ignorance des élus sur les questions scientifiques, et d’autre part l’exclusion des contre-experts venus du monde associatif ou scientifique non « accrédité » par le pouvoir.
Autre blocage structurel évoqué par Marc d’Héré, le poids écrasant de l’Etat, qui empêche de s’exprimer les forces vives de la société. En France, toute organisation intermédiaire se situant entre le citoyen et le pouvoir est considérée d’emblée soit comme un écran qui nuirait à la démocratie, soit comme un relais d’intérêts corporatistes. Conséquence : la société civile a intérêt à construire ses propres partis pour participer directement au pouvoir.
Yann Wehrling est ensuite revenu sur la question du scrutin majoritaire, qui nuit à la représentation équitable des partis écologistes à l’Assemblée nationale ; contrairement à l’Allemagne, où avec les mêmes suffrages, ils obtiennent une cinquantaine de députés. Il a également dénoncé la « caricature » de mouvements comme les Verts ou Cap 21 considérés comme de « petits partis » par les grandes formations traditionnelles, qui continuent à capter les financements et les temps de parole. « Un petit parti n’est pas synonyme de petites idées, et un grand parti n’est pas non plus synonyme de grandes idées. Il faut recentrer le débat sur le champ des idées, pas celui des personnes ».
Corinne Lepage appelle à des solutions pour le 21ème siècle
lire le discours de Corinne Lepage
L’écologie est certes à la mode, mais elle est absente des programmes des partis traditionnels, en dehors de quelques mesures partielles et marginales. Or, faire de la politique c’est avoir la capacité de décider de son avenir et d’anticiper les solutions pour les générations futures.
Rappelant l’urgence des enjeux auxquels nous devons faire face –biodiversité, eau, climat, pollution, OGM…-, elle a mis en parallèle tous les freins politiques qui nous empêchent d’y faire face. La corruption, la confiscation du pouvoir, l’inertie politique rendent le changement impossible malgré les catastrophes annoncées.
La société ne peut en effet avancer que si le pouvoir est partagé par des acteurs différents, avec des expériences diverses. Aujourd’hui, ce sont les mêmes profils, qui perpétuent les mêmes erreurs dans un contexte d’opacité des pratiques. « Tous ces individus sont restés au 20ème siècle et croient que nous vivons avec des ressources inépuisables, souligne Corinne Lepage. Le seul projet viable aujourd’hui, c’est bien celui de l’écologie politique ».
Refusant le catastrophisme, la présidente de Cap 21 imagine une France, qui dans 20 ans, aurait réussi à faire face à ses responsabilités et qui répondrait positivement aux enjeux environnementaux et sociétaux. Des solutions existent, à condition de s’appuyer aussi sur l’économie, et particulièrement sur l’éco-économie. Corinne Lepage rappelle qu’elle a formulé 175 propositions avec l’association Ecoresp en ce sens, couvrant tous les secteurs d’activités. Poursuivant sur ce thème, elle a appelé à l’intelligence collective pour dépasser le clivage gauche /droite, redonner au citoyen sa liberté de décider pour, enfin, « reprendre en main notre maison au lieu de la regarder brûler ».




